Critique (réac ?) des premiers épisodes de The Handmaid’s Tale

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Franchement, c’était mal barré. Outre le fait d’une direction artistique très intéressante, d’un jeu de caméra variant les plans serrés et les gros plans sur l’actrice principale Elisabeth Moss incarnant June/Offred, le tout était d’un long assez relou. Beaucoup trop de silences tentaient d’apporter une touche dramatique plus importante à l’extrême limite du pathos à un scenar déjà bien lourd en dramaturgie. Mais, ne nous fions pas aux détails visibles.

Les femmes sont des victimes, bouh les vilains hommes, vive la résistance féministe

Dès le début, l’abus du manichéisme est à son paroxysme : le monde a connu une guerre qui a rendu pratiquement toutes les femmes stériles. Les femmes fécondes quant à elle, sont réquisitionnées malgré elles pour porter les enfants des plus riches. Ces hommes riches et puissants ont aussi des femmes, la plupart des mégères qui n’hésiteront pas à prendre l’enfant comme le leur, au détriment des femmes bafouées qui n’auront aucun droit de regard  sur leur progéniture issu d’un viol.

Les hommes sont pratiquement tous armés et font partie du consensus du nouveau régime qui allie une religion chrétienne remastérisée aux désidératas des nantis pour justifier la survie de l’espèce humaine. Les femmes avant de devenir « servantes » sont arrachées à leur famille, séparées de leurs enfants et reconditionnées psychologiquement.

Bien sûr, l’homosexualité est punie et vive les couples mixtes

Les homosexuels sont au mieux bannis ou exilés… En gros, la religion, c’est le mal, les hommes sont tous des lâches ou des méchants. Ha ! et j’oubliais, l’héroïne est mariée à un homme noir, ce qui rajoute au plaidoyer du mélange ethnique. C’est une série qui a tout  l’attirail de l’ultra libéralisme et du sans frontière global, happy people. Aucun contraste. Méchante droite reac contre gentille gauche mignonne…

Ça, c’était la vision ultra beauf, maintenant soyons sérieux

La puissance de cette série, repose justement sur ses différents niveaux de lecture. J’ai pour horreur le manichéisme, la bienpensance, le toi t’es méchant et toi t’es gentil, le dogme, le politiquement correct. Alors, lorsque j’ai vu les 2 premiers épisodes, je me suis dis qu’on était mal barré avec ce  The Handmaid’s Tale… Mais ! C’est ce « mais » qui donne toute la puissance de cette série. Tout est remis à plat en avançant dans l’intrigue. La politique de surface rend encore plus visibles les valeurs intrinsèques de l’humanité, car derrière la couche facile de l’ode à la paix et à l’amour, se terre toute l’énergie de la remise en question des dogmes, quels qu’ils soient.

The Handmaid’s Tale ou la critique des idéologies et des lobbys

Reprenons point par point, l’analyse bas du plafond plus haut

Dès le début, l’abus du manichéisme est à son paroxysme : le monde a connu une guerre qui a rendu pratiquement toutes les femmes stériles. Les femmes fécondes quant à elle, sont réquisitionnées malgré elles pour porter les enfants des plus riches. Ces hommes riches et puissants ont aussi des femmes, la plupart des mégères qui n’hésiteront pas à prendre l’enfant comme le leur, au détriment des femmes bafouées qui n’auront aucun droit de regard  sur leur progéniture issu d’un viol.

Cette guerre qui a rendu pratiquement toute l’humanité stérile est provoquée en grande partie du fait du couple qu’a June pour servante : Yvonne Strahovski (Serena Joy Waterford) et Joseph Fiennes (Commander Fred Waterford). Ce couple très pieu veut remettre la famille classique au centre de tout. C’est un couple traditionaliste qui souhaite à la base, redistribuer les cartes. Sauf que, en aidant à cette guerre, ce pour quoi ils se sont battus au commencement est complètement défiguré. En devenant stérile, Serena Joy Waterford provoque donc (même si l’acte sexuel est encadré par la religion) l’infidélité consentie et la mère porteuse. Tout ce que la religion combat. Ils se serviront d’un passage de la bible pour justifier tous leurs actes, critiquant ainsi, l’interprétation et les contradictions des livres pieux.

Les hommes sont pratiquement tous armés et font partie du consensus du nouveau régime qui allie une religion chrétienne remastérisée aux désidératas des nantis pour justifier la survie de l’espèce humaine. Les femmes avant de devenir « servantes » sont arrachées à leur famille, séparées de leurs enfants et reconditionnées psychologiquement.

Les armes à feu, la dictature règne, l’oligarchie est au centre de tous les débats et son emprise est totale. La femme fertile est la véritable victime de ce monde décimé. La mère et toute sa représentation est vidée de sa substance émotionnelle et rendu à l’état de simple « ventre » sans âme. Elle devra être soumise, muette et consentante à tout ce que les nantis décideront. Le couple, l’amour qui génère l’enfantement est au zenith. Ce qui en fait une critique absolue de la marchandisation du ventre…

Les homosexuels sont au mieux bannis ou exilés… En gros, la religion, c’est le mal, les hommes sont tous des lâches ou des méchants. Ha ! et j’oubliais, l’héroïne est mariée à un homme noir, ce qui rajoute au plaidoyer du mélange ethnique. C’est une série qui a tout  l’attirail, de l’ultra libéralisme et du sans frontière global. Aucun contraste. Méchante droite contre gentille gauche…

Les femmes gays qui n’ont donc pas accès à la procréation naturelle, sont également mises au centre de la série et ce, dans la condition de mère porteuse… Qu’importe leur sexualité, elles devront se soumettre à ce nouvel ordre mondial. Et surtout, le combat de résistance d’une de ses servantes : Emily, interprétée par Alexis Bledel, ne mène pas une bataille pour la cause homosexuelle mais pour son couple et l’humanité toute entière. Le lobbyisme est totalement exclu de cette série. Elle remet les idées en place ! On ne juge pas par rapport à la sexualité, mais à la place que tout le monde mérite sur terre et aux couples quels qu’ils soient.

Le couple mixte quant à lui, est sans connotation raciale et repose sur une histoire simple d’aujourd’hui. ( O-T Fagbenle) Luke, le mari de June a des principes moraux beaucoup plus puissants que le Commandeur et ce en dehors des obligations religieuses. Dès lors, où il a une relation avec June, il quitte sa femme. Vous allez me dire, « oui, mais il l’a quand même trompée », et je vous répondrais que justement, ce n’est pas parce qu’il est noir, qu’il est parfait, il est un homme comme les autres. Aucune connotation « black ghetto cause noire », au contraire, Luke n’est pas un homme noir avant tout, c’est un mari et un père aimant et un homme courageux. Pas de lobbyisme non plus.

Par ailleurs, faute de femmes fertiles, le monde tel qu’il est dans la série est obligé de passer par le métissage pour prévenir de la disparition de l’espèce humaine. Tout le monde est mis sur un même pied d’égalité. On sort des clivages grossiers, les discriminations sont bousculées, certaines disparaissent, de nouvelles arrivent et d’autres restent… Mais, il n’y a pas d’équilibre, dans la théocratie de The Handmaid’s Tale, tout est totalement partial mais illogiquement objectif. C’est la religion qui oblige à l’infidélité et à la gestation pour autrui ! C’est diablement intelligent !

On peut penser aussi à brûle pourpoint que la série est un plaidoyer pour le féminisme, le droit de la femme. Hors la majorité des femmes dans la série, c’est à dire les femmes stériles sont acquises au patriarcat.  La majorité des femmes aurait-elle tord ? Ou est-ce leur infertilité qui les pousse à se scinder des autres femmes, une jalousie viscérale ? Dans la série, la femme n’est pas toutes les femmes, tout est excellemment contrasté.

Une allusion subtile à la condition des femmes voilées dans des pays fortement religieux, certes ! Mais cela serait un peu trop réducteur…. La série va beaucoup plus loin que des combats sociaux. Elle met surtout en exergue le but de l’existence, l’essence même qui fait que nous donnons la vie ou pas, nous rappelant notre propre utilité en dehors d’une valeur sociale et/ou sociologique. Est-ce pour donner la vie que nous sommes sur terre afin d’entretenir la survie de l’espèce humaine ? Est-ce seulement pour cela ?

Et c’est tout ça, que je trouve admirable dans cette série. Les grands débats civilisationnels d’aujourd’hui symbolisés dans la série, nous poussent tous à réfléchir. Personne n’a tord ou a raison, personne ne sait où il va. Tout le monde est égal lorsque le brouillard règne, seule la voix compte pour se guider les uns vers les autres. Dans les ténèbres, on ne choisi pas la main qui se tend, on l’attrape et on ne la lâche pas.

 

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The Handmaid's Tale
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